Le citoyen doit se sentir et être partie intégrante de la ville .il doit  se réapproprier le concept d'appartenance             à la ville ,à la culture et à l'histoire de cette dernière. il doit faire partie d'un processus urbain ,de la périphérie           au centre historique.

Massimiliano Fuksas Architecte Italien .

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14 Mars 2008

                                                     L’espace urbain : la prière de l’absent

L’espace public est la seule interface entre l’individu     et la société, entre la société et ses représentants élus     ou désignés .Cet espace-là brûle pourtant aujourd’hui .    Il est, depuis peu, régulièrement jonché de pneus calciné,  de carcasses de voitures et de blocs de pierre. Dés lors, discourir sur l’espace public nous entraînerait  à parler  de société de représentativité, de reconnaissance, d’échanges équitables, de légitimité, d’état de civisme, d’urbanité en somme.

      Mon coté praticien de l’espace me confère un rapport physique émotionnel, voir instinctif, à l’espace en général et à l’espace urbain en particulier. Quand je parcours un plan d’Alger, de Berlin, de Paris ou de Ghardaïa, j’en ressens les odeurs,                  le bruissement, les pulsions, les promiscuités et je me rend à l’évidence, sans cesse redémontrée, que ce qui est vécu comme juste et cohérent a d’abord été conçu juste et cohérent pour servir une société juste et cohérente.

   Une autre évidence, refoulée pour cause de dogmatisme chauvin ou l’histoire non assumée, réside dans le fait implacable       que l’Algérien – bien que nos villes et villages aient triplé d’emprise en trente ans – ne se sent en « ville » que quand il se balade dans  les centres « anciens », qu’il y croise ses semblables dans une espèce de liesse de curiosité, d’envie de séduction,           voir d’agressivité partagée et contenue.

                       Et c’est bien cela être en ville, être en vie.

   Force est de constater, alors, que ce que nous avons produit comme espaces de vie collective, n’a jamais pu créer l’alchimie   de la vie urbaine .Faudrait-il se rendre à l’évidence que nos espaces voulus « urbain » ne sont pas porteurs de sens                parce qu’ils ne sont que « servitude » ?

   Sentir ce malaise au détour d’un plan 1/5000 éme est une chose ,en subir la démonstration en est une autre .Cela est portant arrivé .La dissection commence à l’occasion d’un projet de 100 logements LSP ,faisant partie d’un programma global de 2500 logements (soit 10.000 habitants !) situé au nord de la ville d’EL Eulma ,désigné à juste titre POS 02.Cette expérience            qui s’apparente à un "  échantillon représentatif " de l’ambitieux programme d’un million de logements allait être riche                  en enseignements .Nous sommes dans les rouages de " la machine à produire de la ville ".

    La démarche des pouvoirs publics était sans conteste réglementairement bien calée,les " études d’urbanisme " menées tambours battants par un organisme public " spécialisé " définissaient dans une espèce d’îlotage des pâtés de logements collectifs mixtes,ainsi que des assiettes réservées aux équipements de " proximité ". " La trame urbaine "étant posée, le nombre                  de logements atteint, les équipements désignés et localisés, les réseaux divers calés, l’administration avait rempli sa mission et avait toutes les raisons d’estimer qu’elles tenait là un "  bout de ville ".

                         Et pourtant.

      L’expérience que nous avons menée sur l’assiette qui nous était attribuée,allait mettre à jour l’incapacité " générique "         des instruments ,des règlements et des hommes à  produire de " l’urbain ", parce qu ‘ils sont eux-mêmes " porteurs sains "          de " non urbanité ".Nous en avons tiré des conclusions ,que nous énumérerons sous forme " d’impossibilités ".  

                     De l’impossibilité de favoriser la créativité du concepteur.

     En consultant le POS, nous nous attendions à voir transcrits sous forme de règlements et de coupes schématique                   sur les espaces publics un niveau d’exigence qualitative à même de canaliser l’effort de créativité du concepteur, pour atteindre une harmonie relative alliant diversité des réponses architecturales et unité de l’ensemble.

       Surprise ,nous avions sous les yeux un plan de masse au 1/500 éme définissant d’autorité 10 "  blocs " en R + 4 de 10 m d’épaisseur ,dont trois étaient chanfreinés pour traiter les trois angles de l’assiette ,vu que le 4 éme angle était réservé au bureau de poste prévu sur une assiette de 4000 m2 .Renseignements pris sur la latitude qui nous était donnée pour réfléchir sur                la typologie des logements ,donc sur l’épaisseur ,le nombre,le gabarit….etc.,la réponse fut son appel :100 logements LSP             et pas un de plus,10 blocs en R + 4 et pas un de plus pas de décalage entre le plan de masse proposé d’autorité et le plan          de masse proposé par l’architecte .En définitive ,ce qui devait être de l’ordre du suggéré était,en fait, un plan inflexible. Tout manquement risquait de pénalise l’obtention, du permis de construire.

   Dés lors tout effort de créativité d’optimisation de l’assiette foncière, de création des micro évènements urbains à l’échelle       du projet était anéanti dans l’œuf .Ce qui nous était demandé, à tous (je parle des 2500 logements), se réduisait au vu               des contraints à dessiner des " façades " différentes pour des logements sans doute identiques !

                        De l’impossibilité de favoriser la mixité sociales

    Dés les premières esquisses ,aussi limitées soient–elles par le plan de masse officiel,il nous a semblé nécessaire,preuve à l’appui ,de densifier le programme .Nous étions en mesure ,sans déranger l’organisation imposée,de rajouter 25 logements promotionnels,générant ainsi un gain substantiel pour le promoteur qui s’était engagé à améliorer la qualité des prestations des 100 logements LSP (prix de cession plafonné).Le promoteur ,à l’attitude " citoyenne ",propose le nouveau plan de masse                    à l’administration qui le rejeta sans ménagement :100 logements LSP et pas un de plus. Améliorer ainsi la qualité des logements " aidés ", faire coexister différentes couches sociales était tout aussi anéanti dans l’œuf.

   La mixité sociales ,garante de la cohésion sociale était impossible de fait .Il n’ y a donc pas d’autre choix que de concevoir     des ghettos pour les plus pauvres,des ghettos pour les couches moyennes et même des ghettos pour les classes aisées !

                         De l’impossibilité de favoriser la mixité fonctionnelle

      Sur l’hectare réservé aux 100 logements LSP, 4000 m2 était réservés à un bureau de poste ! Chemin faisant, nous avons réussi à convaincre notre promoteur " citoyen " de proposer "  à qui de droit " de réaliser gratuitement le bureau de poste (tout en respectant le cahier des charges de ce type d’équipement), en contrepartie de se voir céder les 4000 m2 (payés au prix fort bien sur) pour réaliser 30 autres logements dont certains pouvaient être réservés aux fonctionnaires des P.T.T.

     Notre but était d’une part de fermer l’îlot resté béant par l’assiette réservé à l’équipement,et d’autre de répartir les gains générés sur les 130 logements ainsi obtenus.

     Des démarches furent entreprises auprès des administrations concernées, celle de l’urbanisme, et celle des postes. Pour la première, la mission s’arrêtait à fournir une assiette à la seconde. Pour la seconde, elle ne disposait dans les textes d’aucun moyen pour profiter de cette " aubaine ".L’une et l’autre,  n’étaient manifestement pas concernées par un même projet, le projet urbain !

    Alors, tout effort de mixité fonctionnelle qui fait le propre de la ville générant économie d’échelle, amélioration de l’image globale, des prestations, était anéanti –comme si la ville était divisée en territoires contigus sans relation .Nous étions devant      une évidence, l’image du commissariat ou du bureau de poste occupant le R.D.C. d’un immeuble, ou encore de la mairie d’Hussein Dey à Alger, calée entre un marché au RDC et des logements aux étages, tenaient de l’utopie.

     Nos villes sont condamnées à aligner des clôtures hideuses pour une décennie au moins !

                               De l’impossibilité de faire coexister intérêt privés et intérêts publics          

         Un élément urbain intéressant avait attiré notre attention dès le départ, l’obligation était faire aux promoteurs                     de prévoir  une galerie commerçante au RDC des immeubles .Sous ce climat rude aussi bien en été qu’en hiver , la galerie devenait élément clé du système urbain. Véritable élément fédérateur, elle pouvait remplir le rôle  d’interface entre l’espace privé et l’espace public. Elle réalisait, on outre, à moindre frais une qualité substantielle de l’espace public, enfin du bon sens !

                                 Notre joie ne fut que de courte durée ! 

    Les promoteurs non contents du prix de cession des assiettes à bâtir ( malgré 80 %  d’abattement) " ont exigé " que la galerie soit supprimée pour être reversée dans les surfaces des commerces – seul garant à leur sens de la viabilité financière                  des programmes LSP. L’administration, coincée entre la nécessité politique de réaliser les programmes annoncés et l’appétit féroce des promoteurs " prédateurs ", allait abdiquer .la galerie fut donc supprimée pour être remplacée par un auvent en "  tuiles rouges ".C’était inadmissible, d’autant plus que la solution architecturale mariant les deux contraintes était possible et fut mise      en œuvre dans le cadre de notre projet.

       Nous avons maintenu la galerie contre vents et marées.

 Ce qui devait fédérer l’ensemble du site était devenu, faute de consensus logique, un élément singulier .Et c’est bien là, l’épisode le plus douloureux de cette expérience .L’autisme des uns et de autres a eu le dessus sur le bon sens .Là encore se pose avec acuité l’absence de conscience collective sur des sujets aussi délicats que l’espace public.

                               

                     L’espace public, une servitude

      Finalement à force de renoncement de constituer un niveau de vie public comprenant commerces en galerie,larges trottoirs plantés ,aires de stationnement protégés du soleil, il ne reste plus que 30cm de maçonnerie pour séparer ,au sens strict                 du terme,l’espace privé de l’espace public.

    Ce qui devait fonctionner comme une peau qui respire avec toutes les sous couches nécessaires à la constitution d’un espace public hiérarchisé,est réduit ,pour cause de méfiance voir de mépris des uns envers les autres ,à une simple pellicule.

  C’est ainsi que le bureau de poste sera localisé bien au centre de ses 4000 m2 d’assiette ,et n’aura de rapport avec l’espace urbain qu’au travers d’une clôture ,et les 250 mètres linéaires de commerces n’auraient qu’une limite de 30cm à gérer ,à partager avec l’espace public. Ce dernier ,parent pauvre de tout dispositif,est considéré de fait comme une limite de l’espace privé et non pas en tant que réceptacle de continuum de la vie privée. Il sera dès lors rangé dans le lot " VRD " avec ce que cela suppose comme maigreur de budget et d’ambition.

    Pour conclure, l’expérience, aussi limitée soit elle, que nous avons vécue sur ce petit projet de 100/2500 logements LSP         à EL Eulma, nous à fait sentir de près que les instruments, les procédures, les paliers règlementaires ne peuvent à eux seuls porter un discours urbain, si notre vision de la ville reste segmentée. " Chacun en ce qui le concerne " fait la ville, alors que la ville, sujet unique, concerne tout le monde.

   L’espace public reste le seul lieu ou doivent paradoxalement s’exprimer et résoudre les contradictions sociales, il ne peut en être autrement .Résoudre les contradictions sociales, c’est les reconnaître légitimes et mettre en place des mécanismes, des stratégies, des manières de faire, pour que les intérêts publics et privés soient le plus souvent possible mis en situation de passer un contrat gagnant.

    Pour ce faire, il nous faut sortir de l’équation un terrain / un propriétaire / un projet, parce que cette vision ne peut qu’annuler tout effort de mixité fonctionnelle et encore moins de mixité sociale .Elle ne fait que perpétuer ce qui est devenu anormalement normal, des ghettos pour pauvres et des ghettos pour riches, comble de l’échec.

    Dans l’attente, arrêtons de prier à chaque annonce de programme ambitieux  que les choses s’améliorent, que les résultats soient au niveau des attentes de tout un chacun, que la ville renaisse, que l’espace urbain ressuscite, parce qu’en l’absence         de procédures et méthodologies d’approche adéquates il n’en restera qu’une prière de l’absent.

Larbi Merhoum Architecte

source : la revue " Vies de villes"

 

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