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Le 10 Janvier 2007                                                                               

 

A El Eulma la route de l’or passe par Dubaï

 

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Publié sur le journal Le soir d’Algerie Le 7 septembre  2000. 

Reportage réalisé par :

Abderrahmane Djelfaoui. 

A 330 km à l’est d’Alger,sur les hautes plaines céréalières constantinoises,El-Eulma est juchée à 950 mètre d’altitude. Si ses étés sont brûlants et ses hivers souvent neigeux, son air est sain et sec.

Depuis sa naissance en 1862 comme village de colons,sous le nom de Saint-Arnaud (Satarnou,pour les ‘’ indigènes musulmans’’),jusqu’au début des années 1990 ,trente ans après l’indépendance ,cette agglomération n’était réputé que pour son marché régional des céréales et du bétail tous les dimanches.

 Saint-Arnaud    El-Eulma ,Il est vrai ,était aussi connue par ailleurs des hommes de culture pour sa proximité du mystérieux site préhistorique de Ain Lahneche ,un des plus vieux du monde ,ainsi que des places fortes romaines de Djemila,Tigilava et Mons bien placées sur la route antique qui menait de Carthage à Cherchell par les terres intérieures. 

Pourtant ce n’est que lors des huit ultimes années du 20 °  siècle que cette ville a littéralement ‘’ explosé ‘’,pour devenir un des bazars les plus courus d’Algérie par les grossistes en quincaillerie ,en vaisselles ,en droguerie et en plastique en tous genres .Avec ce phénomène,un très gros quartier ,surnommé Dubai par les gens d’El-Eulma ,est sorti de terre comme un volcan prés de la gare routière qui clôturait auparavant la limite ouest de la cité,sur la route de setif.   

Depuis ,dubai tel un fait de ‘’génération spontanée’’ ne cesse d’avaler jour après jour les hectares aux hectares des anciennes terres agricoles (appelées « Bordj lihoudi » ,se rappellent les plus anciens de la ville ) ;de générer sans aucun plan d’urbanisme des centaines de grands garages ouverts et loués a la va vite ,d’y tracer des rues poussiéreuses qu’engorgent des véhicules de livraison flambant neufs de tout tonnage ,véhicules eux- même  stationnés en bordure de centaines de maisons d’habitation à étage en cours de construction ;’’villas’’ nues et inachevée mastoc et sans style identifiable sans jardins ,sans arbres. 

Ce dubai est loin de l’image des villes modernes du golf persique ,il est plus proche de celle du vieux fat west à l’américaine que nous voyons au cinéma au noir et blanc ;au far west ou toutefois les édifices en planches si chers aux cow boys auraient été ,ici ,remplacés par la brique et le béton,flanqués de paraboles individuelles.

Pour bien évaluer cet aspect détonant, il n’ y a qu’a demander par exemple ce que coûte le mettre carre dans pareil quartier «  di zaffirates  » comme aurait ironisé ,de façon succulente ,le regretté hadj abderahmane , alias inspecteur Tahar avec une intonation toute jijelienne .Eh bien ,ce cours ,nous a-ton dit les yeux dans les oreilles,tourne actuellement autour des …25000 DA ! Soit autant sinon plus ,que le cours du foncier dans le quartier chic d’Hydra de la capitale.c’est dire que les fortunes rapides qui se sont faites ici sont en or.Un des effets de ce fulgurants essor aura été que les bijouteries ,qu’on ne comptait jusque-la que sur la moitié des doigts d’une seule main ,se sont soudain multipliées comme par enchantement.

Le quotidien El Khabar ne rapportait-il d’ailleurs pas le fait nouveau qu’une attaque à main armée venait d’être perpétrée dans une de ces bijouteries ,au centre-ville ,en plein jour,il y a  moins d’une quinzaine de jours ? 

Comment tout cela a-til pu avoir lieu ?comment expliquer un tel big bang sociologique qui a vu s’implanter en si peu de temps plus de 700 gros importateurs,nous dit-on dans une ville des hauts plateaux Ivin de tout port et aéroport ?Comment comprendre une pareille traînée de poudre spéculative en tous genres (aujourd’hui relayé par l’électroménager ,les appareillages domestiques ,le meuble )dans une humble daïra ,considérée jusque là comme un simple carrefour routier ,juste un lieu de passage entre l’est et l’ouest de la wilaya de Sétif ? 

     Un espace qui désormais voit (et entend surtout) les semi-remorques arriver du port d’Alger ,mais aussi de celui de Bejaia ,de Skikda ou de Annaba avec des containers sans nombre. Des containers qui après avoir fait de jour des centaines de kilomètres de route ,sont vidés là,de nuit ,par des petites troupes de jeunes portefaix qui les attendaient comme des dockers. puis les tonnes de marchandises hétéroclites de connaître la loi d’une redistribution ‘’ main a main ‘’,suivant des réseaux régionaux de gros et du demi-gros ayant attache à Batna ,Annaba ,Biskra ,Laghouat ,Touggourt et même …Alger !

       Comment enfin comprendre la soudaineté d’une telle crue ?Même, si d’une   part ,on ne peut oublier  l’existence  à 30 km à l’est d’El Eulma du gros marché de Tadjenanet (ex Saint-Donat) ;un marché couru du bois ,de la friperie mais surtout connu par ses scandales dus au trafic des cartes grises …Même si ,d’autre part à  El Eulma  ville,quelques fortunes appréciables et discrètes s’étaient déjà constituées au fil des décennies dans le commerce de la pièce détachée ou celui  des légumes jusque  sur les lointains marchés de gros de Annaba .Même ,enfin ,si l’histoire nous rappelle par l’ouverture d’un de ses vasistas que la ville aujourd’hui célèbre par son trabendo n’en abritait pas moins une très grosse fortune locale,énorme depuis les années 60 dont la réputation avait dépassé de loin nos frontières :celles des Zeghar ,n’observe-t-on pas aujourd’hui encore une facette de ce faste d’antan dans sa  très grande maison à étages aux murs sobres et clairs qui se dresse en pleine ville ancienne et que beaucoup de Eulmis appellent avec fierté :   «  Le Château  »

                                              Mais entre ces vielles fortunes du cru et les nouvelles vite arrivées , vite ramasses , il n’y a  pas la moindre apparence d’un lien .On vous l’affirmera et on ne cessera pas de vous le répéter . 

     Un vieux commerçant de la ville nous avouait en ce sens qu’il avait ,lui mis presque un demi-siècle pour pouvoir édifier sa maison ;qu’il ne comprenait pas comment  ‘’ ces nouveaux venus ‘’ pouvaient ,eux ,le faire ‘’ entre une nuit et l’aube qui la suit’’           

Paradoxalement, les quelques  éléments épars de réponse a  de telles questions ,nous avons pu les écouter dans un petit café populaire du centre-ville ,le ‘’Café Hasni’’ ainsi nommé par les clients eux-mêmes  en l’honneur du regretté chanteur rai assassiné à l’autre bout de l’Algérie .Et d’abord ,qui sont ces grossistes ?peut-on même schématiquement ,en croquer le portrait ?A ce jeu,notre table s’anime et s’élargit .Cherif ,le jeune patron ,ressert une tournée de cafés généreusement sucrés a nos compagnons eulmis avant que chacun n’y aille de ses observations en tant que simple Fonctionnaire,pour l’un ,de travailleur dans une des plus anciennes meunerie pour l’autre ,d’instituteur et  cinéaste amateur ,pour un troisième ,etc. 

Tous sont d’accord sur la moyenne d’age de ces grossistes  qui ont grosso modo entre 40 et 50 ans

     Autrement dit ,ces ‘’ nouveaux riches ‘’ avaient entre 20 et 30 ans dans les années 80 quand s’ouvrirent ‘’ les routes des cabas ‘’ sur la Tunisie et le Maroc avant que les vols sur la Turquie ne le classent ‘’ expert’’ du trafic aéroporté de marchandises en tous genres. 

Des cette époque ,ils s’enrichirent vite pour la plupart ,de façon énorme et inespérée pour une fraction d’entre eux. Quelques -uns pouvaient etre d’El-Eulma ,mais le plus grand nombre (‘’ illettrés ,tient-on à signaler )venait de setif ,d’El-Oued souf .Vu que le chef-lieu de wilaya de sétif était déjà saturé au plan de l’alimentaire,de l’immobilier et du foncier ,ces trabendistes jetèrent leur dévolu sur El-Eulma.                                                                                                                                                                  

    Une ville ,il faut le noter tout de même ,qui avait un atout de taille puisque ville d’émigration traditionnelle vers l’ancienne métropole coloniale ,elle disposait déjà d’un marché parallèle florissant de la devise. 

    Tels étaient les ingrédient de fond auxquels les tourbillons tragiques de l’histoire récente allaient ajouter. Leur importance de détaille pour accélérer ce ci ,de là le mouvement permettant à Dubai de s’éclater hors de toute contrainte institutionnelle d’imposer son rythme de machine à sous et ,comme pour la pub bien connue du ‘’Mammouth ‘’ français,de finir par ‘’ écraser ‘’ les prix de la quincaillerie..  

          Et c’est à partir de là que les impressions et avis des uns et des autres se nuancent ,divergent même parfois .Pour les uns ,un tel état de fait est jugé négatif pour avoir ‘’ trabendisé ‘’ presque touts les activités de la ville. Que par exemple le prix de nombre de denrées de subsistance se soit élevé ; que la vie se fait de plus en plus cher ;que le vol et l’arnaque tendent à se banaliser ,tout comme l’incivisme,la méfiance ,le doute,etc. Ainsi jusqu’aux plus nobles rapports de couples,vous apprend-on,puisque ce sont les jeunes émigrées ‘’ possédant leur carte de résidence ‘’ que les Eulmis cherchent désormais en mariage. La cote d’un tel ‘’ contrat’’ serait de 200 000 DA !Afin que le nouveau marché rejoigne comme dans un film son épousée de l’autre coté de la Méditerrané qu’elle réside. 

            De cela et d’autres faits crus, tout en conviennent .Mais d’autres ,plus circonspects et plus  prospectifs,s’interrogent toutefois sur l’avenir de ces fortunes,sur la manière dont elles vont se transformer .Et de commence par vous rapporter qu’on a pu noter que quelques-uns de ces richards,pas tous bien sur , se sont fait remarqué par des dons,des aides diverses aux gens ,comme d’ailleurs aux autorités à l’occasion de l’organisation de certaines fêtes et festivités locaux…

  Et si vous souriez à la dérision d’une pareilles imagerie d’Epinal ,votre interlocuteur lèvera quand même le petit doigt. Ce n’est certes que le petit bout des choses .L’autres ,tout nouveau,pas très apparent et pas encore totalement confirmé ,il est vrai ,est que l’on entend de plus en plus parler d’intentions d’investissement de la part de ces trabendistes dans ces projets productifs,industriels,créateurs d’emploi

Et de produits manufacturés…Ainsi d’ateliers de montage de démodulateurs.. 

   Que par ailleurs la masse financière générée par ce (douteux) commerce attirerait déjà d’autres capitaux privés,tels ceux annoncés pour la construction d’une usine de yaourt sur 1000 m2 ,d’une fabrique de savon ,d’une autre de céramique sanitaire ,de deux petites usines de médicaments, établissements,projetés à la construction dans la zone ou se trouvent déjà les vieilles entreprises publiques AMC et SNS installés depuis les années 70…

           

Comme vous exprimez un sérieux doute sur une mutation aussi positive de ‘’la chose’’ ,l’on vous assène alors l’ultime argument .’’ c’est que certains de ces nouveaux milliardaires deviennent intelligents. Si tout illettrés qu’ils sont, ils savent souvent mieux que personne quel est ,chaque fin d’année,le concret de la nouvelle loi des finances ,ils n’en pensent pas moins aussi à l’avenir plus lointain ;ils veulent de plus en plus se couler dans les lois ,se blanchir .il y a la mondialisation de l’économie et ils savent que l’entrée de l’Algérie dans l’Organisation mondiale du commerce avec ses implacables procédures est inéluctables ,alors …’’Alors faut-il y croire ?...

    Face à la misère rampante que l’on voit s’étaler ici et là dans les rues , est ce que ce en sont-ce pas là encors des illusions comme on en a avalé des tonnes depuis des décennies ? Des illusions juste remises au goût du jour sous des nouvelles formes ?..

 Evidement ,on ne peut totalement nier que ce commerce de gros a tout de même donné un coup de fouet au marché de la K7 ,aux cafés ,restaurants ,papeteries ,prêt-à-porter ,transport de voyageurs ,cabinet médicaux spécialisés nouvellement ouverts,etc. Mais enfin !...

  Il n’empêche ,rétorque les premiers de façon nostalgique :’’ El Eulma a perdu son charme d’antan ‘’.il est vrai que l’ancienne citée réputée par jadis par pour le feuillage de ses mûriers ,n’est plus qu’un bourg démesurément gonflé tonitruant jour et nuit des pétarades de motocyclettes ,des musiques agressives de radio voiture mis à plein tube,de klaxons et de crissements violents de pneus aux carrefours ;un gros bourg pris en otage ,de juillet à septembre ,par d’infinie rotations de ‘’belles voitures’’ de mariages en convois d’où les bras pendants des femmes battent du plat des mains la mesure sur la tôle décorée de fleurs en plastique rouge ,jaune ,bleue ..Mais n’est –ce pas la un destin désolant imposé à la totalité des villes de ce pays qui ne ressemble plus au destin clément d’autres villes d’Afrique du nord ,de Tunisie ou de Maroc ?

 N’est –ce pas d’ailleurs pas une ironie amère que l’histoire nous joue en ne nous prêtant des riches pays arabes du Golfe s’un son :Dubaï aussi gélatineux qu’un pet de chewing-gum…

  

Reportage réalisé par :Abderahmane Djelfaoui  

Paru sur le soir d'Algerie le 07 septembre 2000

                                                                           

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